Le harcèlement scolaire ? Cela n’arrive qu’aux autres ! Je ne me le suis évidemment jamais dit consciemment mais je le ressentais de cette manière. Mes enfants sont équilibrés, bons élèves, entourés de copains, heureux de vivre, avec une confiance dans la beauté de la vie. Bref, pas du tout des cibles potentielles de harcèlement !

Quelle ironie et quelle arrogance de se croire ainsi à l’abri. Car cette année, je suis tombée de ma branche, douloureusement, et je me suis retrouvée dans une situation que je ne maitrisais pas, que je ne pouvais pas arrêter et qui faisait souffrir l’un de mes enfants. Un sentiment d’impuissance énorme et insupportable pour un parent !

Finalement, même une jeune fille joyeuse, gaie, appréciée de la majorité de ses camarades, bonne élève, peut être victime de harcèlement, par jalousie. Cela a commencé par des remarques désagréables, des insultes visant à entamer sa confiance en elle qui sont devenues de plus en plus fréquentes. Le processus infernal s’est poursuivi par des menaces, des gifles, puis par des rumeurs humiliantes, à caractère sexuel et totalement infondées. Les parents des enfants harceleurs s’en sont mêlés, prenant le relais de leurs enfants pour la diffusion des rumeurs et les menaces à l’encontre de notre fille. Tout cela s’est fait progressivement, de manière insidieuse.

Face aux insultes, nous avons temporisé, conseillant à notre fille de ne pas y prêter attention. Lorsque cela s’est intensifié, nous avons sollicité le CPE du collège. Mais les enfants bourreaux sont malins… Les deux enfants concernés se sont mis à pleurer, disant qu’ils ne faisaient que se défendre des agressions de notre fille. Le CPE les a cru et la situation s’est aggravée.

Face aux menaces, et notamment aux menaces des parents, nous avons commencé à prendre les choses au sérieux et à admettre que notre enfant était effectivement harcelée. Personnellement, cette acceptation m’a coûtée. D’abord, parce que ma fille répétait sans cesse « Je ne me sens pas du tout harcelée, je refuse de me laisser atteindre par ce qu’ils me disent ! ». Ensuite, parce que c’était tout simplement inenvisageable pour moi de ne pas avoir réussi à protéger mon enfant de la méchanceté des autres. Mais devant l’évidence, je me suis inclinée et nous avons commencé à demander de l’aide.

Nous sommes allés à la gendarmerie déposer une main courante. Mais nous nous sommes retrouvés devant un mur : des gendarmes minimisant totalement la situation, nous déconseillant de porter plainte, nous prenant pour des parents trop sensibles, s’adressant à notre fille comme si elle avait cherché et provoqué ce qui lui arrivait… Nous sommes sortis détruits de cet entretien, dévastés par un sentiment d’impuissance, submergés par notre incapacité à trouver une solution pour aider notre fille.

Malgré tout, pour elle, nous avons refusé de baisser les bras, et c’est vraiment ce que je recommande à tous les parents dans cette situation. N’abandonnez pas car vous laisseriez votre enfant dans une tourmente insupportable. Nous avons contacté le numéro vert puis le médecin scolaire. Nous y avons enfin trouvé une écoute, une vraie empathie et des conseils pour poursuivre nos démarches. Notre fille a été suivie par un psychologue et a été reçue par l’infirmière puis l’assistante sociale de l’établissement scolaire. La situation de harcèlement a finalement été reconnue par le collège. Quel soulagement pour notre fille et pour nous ! Enfin, on comprenait notre situation. Enfin, on nous prenait au sérieux. Enfin, on arrêtait de considérer que nous étions des parents hystériques et surprotecteurs. Enfin surtout, on ne considérait plus notre fille comme la responsable mais bien comme la victime.

Mais malgré la reconnaissance d’une situation de harcèlement, malgré la vigilance des surveillants et du proviseur du collège, la pression était toujours là, latente, menaçant d’exploser. Ce qui a véritablement mis fin à cette spirale infernale, c’est l’entrée au lycée de notre fille dans un établissement différent de celui des deux enfants harceleurs.

Heureusement, notre fille n’était pas seule. Elle a pu traverser cette épreuve soutenue par ses amis et sa famille. Nous avons été là, toujours, à l’écoute, pour la rassurer, la soutenir et faire les démarches nécessaires. Elle a refusé de se laisser atteindre, parvenant à maintenir une bonne humeur de façade qui explosait à la maison. Alors, nous avons courbé les épaules devant ses sautes d’humeur, sa susceptibilité exacerbée et ses crises d’hystérie. Cette année scolaire restera comme une épreuve pour notre fille, nous, ses parents, mais aussi ses frères et sœurs. Je ne souhaite à aucun parent de vivre ce traumatisme. Pourtant, cela nous a rapprochés et a resserré les liens familiaux. Notre fille en est sortie plus forte, plus confiante dans sa capacité à affronter la vie et ses dangers. Elle a réussi à transformer cette expérience douloureuse en un apprentissage positif.

Cet article se veut être un témoignage parmi tant d’autres et qui n’a aucune valeur universelle évidemment. Néanmoins, ce que je veux dire aux parents dont l’enfant est harcelé, c’est qu’il faut admettre le harcèlement, qu’il faut se battre pour faire reconnaitre la situation, qu’il faut soutenir son enfant et le rassurer pour qu’il ne se sente pas seul et éviter, autant que possible, qu’il ne perde pied.

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Pour comprendre et faire face au harcèlement

Deux sites internet :

Le site Non au harcèlement et numéro vert : 3020

Le site officiel de lutte contre le harcèlement scolaire. J’y ai trouvé les premières réponses à mes questions. J’ai surtout compris que je ne serai pas jugée, considérée comme une mauvaise mère en appelant le 3020. Heureusement qu’ils étaient là, ils m’ont aidée à prendre la mesure de la situation et à soutenir ma fille.

Le site Fil Santé Jeunes

Site internet super bien fait qui traite de toutes les questions que les ados et leurs parents se posent. Un bon support à la discussion. Je l’ai utilisé avec ma fille pour qualifier le harcèlement et pour l’aider à relativiser les rumeurs diffusées sur elle.

Deux romans pour ados :

De la rage dans mon cartable, Noémya GROHAN

Il s’agit du témoignage d’une jeune fille qui a vécu une situation de harcèlement. La lecture de ce livre permet à nos enfants de mettre des mots sur ce qu’ils vivent, de comprendre et peut-être de trouver une première solution pour stopper le processus

L’enfer au collège, Arthur TENOR

Livre court et très facile à lire qui est particulièrement intéressant par son alternance entre le point de vue de l’enfant victime et le point de vue de l’enfant bourreau. Le livre se termine bien mais il est complété par le témoignage très fort d’une maman racontant comment son enfant a été détruit par une situation de harcèlement

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